Histoire et mémoires syndicalistes.

Samedi 25 15h à Franchesse.

2706108

 

Comme chaque année, mais avec un relief particulier, l’Association laïque des Amis de Pierre Brizon et des monuments pacifistes et républicains de l’Allier organise à Franchesse un hommage à Pierre Brizon, ce samedi 25 juin à 15h.

Pierre Brizon est ce député socialiste qui décida, en 1916, de voter désormais contre les crédits de guerre et qui se rendit à la conférence socialiste internationale contre la guerre et l’union sacrée, en Kienthal, à l’été 1916. ils étaient trois « pélerins », avec Alexandre Blanc et Jean-Pierre Raffin-Dugens. Lui était député de l’Allier et sa tombe est à Franchesse.

Un relief particulier cette année, parce que c’est le centenaire du discours qu’il fit face à une Assemblée nationale vociférante, le 24 juin 1916.

Mais un relief particulier aussi, parce qu’au moment où de soi-disant socialistes, soi-disant républicains, soi-disant démocrates, qui se prennent pour Clemenceau l’homme de la guerre et de l’union sacrée, tentent un coup de force pour mettre fin au droit de manifester, il est bon de rappeler qu’il a aussi existé des Pierre Brizon, pour hier, pour aujourd’hui et pour demain.

Le rassemblement devant la plaque à la mémoire de Pierre Brizon et l’assemblée générale de l’association seront suivis d’un spectacle à la salle de la mairie : « Et pourtant on chantait ! », de Patrick Bourgeon.

La FSU de l’Allier apporte son soutien à cet hommage et invite les éducateurs à ne pas oublier ni laisser oublier que l’histoire de la guerre fut aussi l’histoire de la lutte contre la guerre, et contre l’union sacrée.

http://www.regardactu.com/2016/06/moi-mon-colon-14-18-et-pourtant-on-chantait.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

ob_62d492_bandeau2

Publicités

Interventions de la FSU 03 en ce 1° mai.

Voici, à quelques variantes près, le discours de la FSU aux rassemblements de ce 1° mai à Moulins, Vichy et Montluçon :

Chers amis, collègues, compagnons et camarades,

notre 1° mai 2016, tout le monde le sait, tout le monde l’a dit, participe de la bataille pour le retrait de la loi El Khomri, ce texte incroyable pondu par un gouvernement incroyable, cette honte absolue, visant, par l’inversion de la hiérarchie des normes, a permettre à chaque taulier de pondre son droit du travail à lui. C’est le premier mai syndical, le seul, d’ailleurs : ceux qui combattent pour des réformes, c’est-à-dire pour le progrés social, sont ici. Il paraît que les organisations absentes sont réformistes : décidemment le sens des mots souffre. Leurs militants, leurs adhérents, sont d’ailleurs les bienvenus, à défaut que leurs organisations soient présentes. Comme tout les salariés, actifs, chômeurs, retraités ou en formation, leur place est dans l’unité réalisée pour le retrait de la loi El Khomri.

Chers camarades, nous avons vécu des années mauvaises. Notre défaite commune sur les retraites en 2010 – mais c’était une bataille et ce n’était pas la fin de la guerre sociale –, puis la politique d’un président et d’un gouvernement portant l’appellation « de gauche », qui non seulement ont maintenu tout ce qu’avait fait Sarkozy, mais n’ont cessé de surrenchérir, d’en rajouter et d’aggraver la situation du monde du travail et de la jeunesse, nous ont fait vivre des années difficiles, années de luttes en réalité nombreuses mais souterraines, dispersées, pendant que la chappe de la précarité et de l’absence d’avenir, l’absence de débouché pour les jeunes, l’absence de perspectives politiques si ce ne sont les pires perspectives politiques, la dégradation du monde dans lequel nous vivons, de la terre et des humains, pendant donc que tout cela pesait, bouchait l’avenir, gachait la vie, nourrissait les replis et les haines.

Depuis fin février la situation a commencé à changer. C’est d’en bas, dans les sections syndicales et dans la jeunesse étudiante et lycéenne, que sont parties non pas l’étincelle unique, mais les mille et uns brasiers se saisissant d’un objectif commun, un objectif indispensable car là, ça passe ou ça casse : le retrait de la loi El Khomri. Nous avons imposé et réalisé l’unité pour ce retrait, de la CGT, de la CGT-FO, de la FSU, de Solidaires, de l’UNEF et des organisations de la jeunesse, des chrétiens aux libertaires. Et la terre a commencé à tremblé. La lâme de fond monte. Comme le disait, dés le 17 mars, ces lycéennes de l’enseignement professionnel de Commentry : « une loi tombe, un peuple se lève ». Les centaines de grèves dans les petites et moyennes entreprises sont en fait des grèves qui affrontent déjà ce que serait la loi El Khomri. La jeunesse s’ébranle. Grèves, manifestations, occupations de places publiques comme ailleurs dans le monde, du Caire à San Francisco en passant par Madrid et Athènes, ont commencé. Tout cela doit et cherche à s’unifier, à se concentrer, tout en gardant et en amplifiant sa richesse, sa diversité, sa créativité, pour gagner.

Les militants de la Fédération Syndicale Unitaire de l’Allier sont sensibles au fait qu’alors que des jeunes aussi bien que des retraités sont bien présents dans les manifestations, les personnels que nous représentons, ceux de l’enseignement public de la maternelle au lycée, le sont beaucoup trop peu à ce jour. Alors que la responsabilité sociale de l’enseignant, quand la société s’ébranle, est d’être là. Nous connaissons les causes de cette situation : ce sont les reculs accumulés. La réforme du lycée sous Sarkozy, maintenue par Hollande, la réforme dite des rythmes scolaires dans les écoles, menaçant l’unité du service public et systématisant l’inégalité entre les communes, la réforme du collège, cette catastrophe qui vise ouvertement à imposer une offre de formation inégale d’un établissement à l’autre et qui est censée s’appliquer d’un coup, de la 6° à la 3°, à la prochaine rentrée, voila ce qu’est notre chappe de plomb à nous, qui n’a pas encore crevé. Et pourtant depuis 2012 nous avons organisé, impulsé, soutenu ou aidé des dizaines de luttes dans ce département, d’un collège à un autre, pour sauver des classes d’Arfueilles à Broût-Vernet aujourd’hui, avec des victoires partielles, et aussi pour défendre la dignité des femmes de ménage aussi bien que pour lutter contre la précarité et arracher des bribes d’amélioration pour les Accompagnateurs, souvent des Accompagnatrices, d’élèves en situation de handicap. Ces luttes continuent. Aujourd’hui pour elles comme pour toutes les batailles dans toutes les entreprises, chantiers, services publics et administrations, se pose la question du Tous ensemble pour gagner.

Cette question, camarades, se pose avant tout au sommet de chacune de nos organisations. On perd forcément les batailles que l’on ne mène pas. Et il ne faut jamais avoir peur de gagner ! Donc, c’est au sommet, que nous voulons entendre aujourd’hui ces mots : grève totale jusqu’au retrait, grève générale, manifestation centrale pour empêcher le vote de la loi. Nous pouvons gagner. La tradition syndicale, dans chaque boite ou chaque service, c’est de ne rien négliger, de combattre pour chaque gain aussi petit soit-il, aussi parce qu’il en résulte toujours l’union grandisssante des travailleurs. Et quand vient l’heure de l’action et qu’on sent qu’on peut y aller, on y va et on le dit. La grève totale, la grève générale, ce n’est pas la grève à perpétuité jusqu’à ce que mort s’ensuive : à un moment donné, c’est l’efficacité, c’est la rapidité. On nous dit que ça ne se décrète pas. Certes mais il ne faut pas se défiler : c’est la réunion des conditions qui ne se décrète pas. Mais quand elles sont réunies, il faut appeler, il ne faut pas laisser passer le moment opportun.

Il le faut aussi pour stopper la violence. M. Cazeneuve, fort discret jusque là, avait déjà été l’âme de la tentative de coup d’Etat contre les libertés publiques permises par les crimes fascistes de Daesh. Ils voulaient, rappelons-le, constitutionnaliser l’état d’urgence c’est-à-dire détruire au niveau du droit la garantie des droits de l’homme et du citoyen (article 16 de la Déclaration de 1789), et instaurer la différence des droits selon l’origine, rien que ça ! Et ce sont les mêmes qui prétendent assurer l’ordre républicain ? Allons donc ! La fin des violence ne passe pas par la renonciation du mouvement syndical à l’affrontement, qu’ils osent exiger de nous en dénonçant notamment la CGT, mais par la généralisation et la centralisation de l’affrontement avec le pouvoir et le patronat. C’est cela, économiser de la violence. Cela s’appelle ne pas avoir peur de gagner.

Camarades, en disant cela, nous sommes de plain-pied dans la tradition du 1° mai, la tradition révolutionnaire, la seule qui ait jamais arraché des réformes. Les ouvriers de Chicago en 1886 qui sont à l’origine du 1° mai, la vieille CGT de 1906 qui à son congrès d’Amiens fait la somme de toute les revendications et la résume dans le combat pour l’abolition du patronat et du salariat, restent d’une brûlante actualité. L’horizon qu’ils nous convient à regarder est celui du genre humain, et donc celui de la solidarité avec tous les combattants, avec le peuple d’Alep qui en cet instant saigne sous les bombes, ou avec les combattantes kurdes qui, à la différence de M. Cazeneuve, affrontent les islamistes les armes à la main, ou avec les nations africaines qui, du Burkina au Cameroun et au Burundi, ne veulent plus de présidents à vie.

Notre tradition, c’est aussi la fête, où se construit l’unité et la lutte. Nous vous invitons donc pour conclure, toutes et tous, à la fête départementale de défense de l’école publique, contre les fermetures de classes et les regroupement d’écoles, organisée à Broût-Vernet ce mercredi 4 mai par le collectif départemental qui regroupe les élus locaux, les parents, les organisations de l’enseignement FSU, CGT, FO, SUD et les parents FCPE, avec apéritif à 18h, conférence de presse et déclaration publique à 19h, grand barbecue-repas, et concert à 22 heures !

13094099_601182433371585_742458704215155472_n

Et voici le discours tenu au rassemblement du 1° mai en hommage à Christophe Thivrier à Commentry :

Chers amis, collègues, compagnons et camarades,

nous voila réunis ce matin, pour la première partie du 1° mai unitaire départemental : l’hommage aux racines du mouvement ouvrier, à Christophe Thivrier, à Commentry.

Pour le mouvement ouvrier, la tradition c’est l’avenir, et l’avenir, c’est la tradition. La tradition du 1° mai découle du combat le plus ancien et le plus porteur d’avenir de l’humanité : le combat pour la réduction du temps de travail. Le capital est arrivé en voulant faire augmenter à toute force le temps de travail tout en jetant à la rue et à la mort ceux qui n’avaient pas de travail. Déjà, au XIV° siècle en Angleterre, les magistrats du roi fixait la durée minimale du travail à 14h dans les ateliers artisanaux alors que la coutume ouvrière fixait la durée maxima à 8 heures. Cette bataille n’a jamais cessé et s’est mondialisée.

La Société des Egaux, celle de Babeuf et Buonarroti, exigeait pour chaque citoyen un « travail égal et modéré ». Robert Owen, le socialiste utopique anglais, voulait des « êtres humains bien portants, intelligents, contents et riches » – riches au sens du libre développement des multiples facultés personnelles et collectives d’individus émancipés. Avec le cabaretier William Benbow et les chartistes, le mouvement syndical et politique de la classe ouvrière prend son envol dans les années 1830 et formule son projet : la journée de 8 heures pour toutes et pour tous, la république avec une assemblée unique élue au suffrage universel, la grève général comme moyen d’action, et la grève générale d’un jour pour la réduction du temps de travail. Cette idée se répandra dans le monde, propagée notamment par l’Association Internationale des Travailleurs de 1864, qui proclame à son congrès de Genève en 1866 que « la réduction des heures de travail est le premier pas en vue de l’émancipation de l’ouvrier », à la Commune de Paris.

Foster, Edmonston et les combattants de la Chevalerie du travail américaine tentent de faire du 1° mai 1886 à Chicago et à Pittsburg le point de départ de la réduction effective, par l’action directe, de la journée de travail à 8 heures. Les 3 et 4 mai 1886, la fusillade réprime à Chicago la grève de masse commencée le 1° mai. Workmen : Arm yourself and appear in full force ! – travailleurs : armez-vous et apparaissez en pleine force. Un groupe de militants socialistes et anarchistes, autour de Parsons et ses camarades, seront condamnés à la pendaison. Telle est la défaite fondatrice du 1° mai. Notre histoire est celle des défaites fondatrices, nos conquêtes sociales révolutionnaires sont les réformes et les progrès sociaux, notre legs est le combat.

Au congrès de Bordeaux de la Fédération française des syndicats, qui était liée au Parti ouvrier de Jules Guesdes et Paul Lafargue, Raymond Lavigne et Jean Dormoy, en 1888, lancent le mot-d’ordre d’une journée à date fixe pour imposer la journée de 8 heures. Les appels à la solidarité des syndicats américains et les premiers congrès socialistes internationaux, qui reprennent à partir du centenaire de la Révolution française en 1889, vont donner une caisse de résonnance à ce projet, dans lequel l’Allier tient une place centrale avec ses militants guesdistes, blanquistes et syndicalistes des bassins de Montluçon et de Commentry. A partir de 1890 commenceront les grèves du 1° mai, avec la fusillade de Fourmies, dans le Nord, le 1° mai 1891.

Voici la résolution du congrès de Lille d’octobre 1890, du Parti Ouvrier Français, un bel exemple de la méthode dont il nous reprendre de la graine, celle qui n’a pas peur de chercher l’affrontement, non pas dispersé, mais central, pour aller à la victoire :

« Il y a lieu de renouveler le 1° mai 1891 la manifestation internationale de 1890 à l’appui de la journée légale de huit heures;

Il y a lieu de maintenir la décision du congrès international de Paris, touchant la liberté laissée aux différentes régions et communes pour organiser la manifestation au mieux des conditions locales ;

Toutefois le Congrès invite les conseillers municipaux, d’arrondissement et généraux du parti à transfèrer à la fête du Travail du 1° mai les crédits ouverts pour la fête bourgeoise du 14 juillet ;

Partout où il sera possible les organisations ouvrières et socialistes devront faire procéder dans de grandes réunions publiques à la nomination de délégués chargés de se joindre à Paris à la délégation auprès des pouvoirs publics ;

Partout où il sera possible les travailleurs devront le 2 mai réaliser eux-mêmes la journée de huit heures en quittant chaque jour l’atelier aprés les huit heures faites. »

Ces derniers mots montrent que l’action directe n’était pas encore, en 1890, perçue comme contradictoire aux démarches légales et politiques. Ces hommes se connaissaient et c’est exactement dans le même mouvement, dans la même dynamique, que Christophe Thivrier arrive avec sa blouse à l’Assemblée nationale, en 1889. Le syndicalisme confédéré va naître dans le combat pour l’action directe, c’est-à-dire la satisfaction directe des revendications précédant la loi, et la grève générale devant, selon la charte du congrès d’Amiens de 1906, engager la transformation sociale consistant dans l’abolition du patronat et du salariat, la vie sociale et économique étant prise en charge par les travailleurs librement associés.

Qui oserait dire que, toutes choses égales par ailleurs, cette aspiration n’aurait pas à être d’actualité au XXI° siècle ?

Non seulement elle n’a rien perdu de son actualité, mais elle devient une question de survie pour l’humanité que l’accumulation du capital conduit à la destruction et la terre avec elle.

Camarades, toutes les données historiques que je viens de vous distiller proviennent d’un livre de Maurice Dommanget, Histoire du premier mai, édité par un coopérative en 1953 et, est-ce une surprise, non réédité.

Maurice Dommanget, grand historien à l’oeuvre abondante et variée, était et est resté instituteur, pratiquant le refus de parvenir. Dirigeant, avec d’autres, de la Fédération Unitaire de l’Enseignement, il rejoint la CGT avant 1914, s’opposer à la guerre et à l’union sacrée en 14-18, s’oppose au stalinisme dés 1930, impose le droit de tendance dans la Fédération enseignante de la CGT en 1936, d’où est issue la Fédération de l’Education Nationale en 1948 et la Fédération Syndicale Unitaire en 1991.

Notre syndicalisme enseignant n’est pas autonome, nous voulons un syndicalisme confédéré, la grande CGT indépendante et démocratique réunifiée.

Elle n’existe pas, dit-on, et ne pourra jamais exister ? Sauf qu’en ces jours, elle est dans la rue, avec la jeunesse. Mi-mars les filles du Lycée professionnel de Commentry sortaient dans la rue en criant : « Une loi tombe, un peuple se lève ». Voila l’avenir. Avec Thivrier, avec les martyrs de Chicago, nous sommes tournés vers lui. Notre rassemblement inaugure les rassemblements unitaires pour le retrait de la loi El Khomri : la lutte continue.